C’était le branle-bas de combat du côté des promoteurs du GPSO en Occitanie le 7 mai dernier : une photo symbolique prise sur le chantier des AFNT pour faire croire qu’après 30 ans de contestation finalement la LGV se ferait comme sur des roulettes.  De fait, c’est surtout le plan de com’ qui se déroule comme prévu :

ACTE 1 (1er trimestre 2024) : refondre et renommer le site internet “lgv2030.fr” pour passer sous tapis la parodie un peu trop réaliste “stoplgv2030.fr” reprenant point par point les faux arguments en faveur des LGV du Sud-Ouest. Puis présenter sur le site officiel compagnon “gpso.fr” les cartes 3D de la ligne implantée en zones NATURA 2000 entourée d’arbres centenaires ;

ACTE 2 (21 mars dans le journal Sud-Ouest) : Matraquer dans la presse que le projet “avance normalement” tout en omettant certains détails comme le plan de financement qui repose à 40% sur des collectivités incapables d’entretenir le service ou le réseau existant. Nos réponses aux propos mensongers de Monsieur Etienne Guyot, préfet coordinateur du GPSO, dans notre article “Préfet ou Lobbyiste ?.

Dans le même temps, le discours mensonger qui prétend que les premières opérations du GPSO améliorent les trains du quotidien est démenti tant du côté de Bordeaux avec le pôle d’élus transpartisan demandant un moratoire sur les AFSB, que du côté de Toulouse avec le collectif Alternative Ferroviaire auditionné par l’Assemblée Nationale récemment (en vidéo, voir à partir de 2h24’45”) qui dépose avec les Amis de la Terre Midi-Pyrénées un recours gracieux contre les AFNT.

ACTE 3 (3-5 avril dans Le Journal des Amis de Carole Delga, a.k.a. La Dépêche) : Prendre un selfie avec le patron du lobby EuroSUDTEAM aux “Connecting Days” de Bruxelles pour faire croire que le financement de l’UE est dans la poche ;

ACTE 4 (7 mai dans Le Journal des Amis de Carole Delga, a.k.a. La Dépêche) : Décrédibiliser l’opposition en faisant passer les élus pour des “black-blocs”. C’est bien tenté mais un photo-montage aurait produit plus d’effets. Les propos diffamatoires de Gil Bousquet dans la Dépêche ne soulèvent pas une mouche.

ACTE 5 (9 mai par communiqué de presse) : Faire croire que les premiers travaux des aménagements ferroviaires du nord de Toulouse entérinent un chantier prévu pour 10 ans… si tout se passe bien (ce qui n’est déjà pas le cas).

Lancés en présence des élus locaux, du préfet de la région Occitanie et du PDG de SNCF Réseau, les travaux du premier tronçon concernent le nord de Toulouse et les communes de Fenouillet, Lespinasse, Saint-Jory et Castelnau-d’Estrétefonds. 

Ces travaux consistaient en l’occurrence à serrer les boulons de l’un des 1500 caténaires prévus sur les AFNT.

Carole Delga s’attendait à ce que les collectifs d’opposants jettent l’éponge à la vue des ces avancées impressionnantes des travaux de LGV.

Elle s’est trompée.

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La POLT va avoir le droit à six mois de travaux à partir d’août 2025, avec des interruptions de trafic entre 9h30 et 17h30. “Inacceptable”, selon le président de la région Centre-Val-de-Loire François Bonneau, invité de France bleu Orléans, ce lundi 13 mai, qui demande à ce que ces travaux soient fait dans la nuit pour ne pas interrompre le trafic.

Ces travaux de modernisation sont attendus depuis longtemps sur cet axe qui est l’un des plus anciens de France, et l’un des plus délaissé aussi. François Bonneau pointe du doigt l’État “qui a tardé à rénover le matériel” (deux ans de retard) et explique ne pas comprendre “à quel niveau sont prises les décisions“. En effet, les fermetures de journée ne sont pas obligatoires : SNCF aurait pu opérer différemment. Le journaliste pose ainsi la question “vous dites que cela fait 30 ans, l’état détérioré de cette ligne, c’est la faute de qui ?“. 

Et la réponse est simple : “C’est la faute des mauvaises décisions publiques qui ont fait que tous les moyens ont été mis sur la ligne à grande vitesse. On a oublié les lignes du quotidien, on a oublié que POLT était une artère indispensable de Paris à Toulouse au cœur de la France. De même pour la ligne Paris-Clermont pour laquelle on a également un retard de livraison des rames : elle a été laissée de côté. On doit aller plus loin encore, raison pour laquelle je me bats pour les capillaires, les petites lignes du quotidien“.

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José Antonio Santano a annoncé son départ de la municipalité d’Irun pour devenir le « numéro deux » du ministère des Transports, à Madrid. Après plus de 20 ans à la tête de la Ville, le socialiste José Antonio Santano, aura à traiter les dossiers sur la LGV, et le transfert de la compétence des trains de proximité à la Communauté autonome basque. Favorable à l’utilisation des voies existantes, il avait accueilli les maires de Bayonne, Jean-René Etchegaray, et de Bordeaux, Pierre Hurmic, le samedi 17 décembre 2022 à Irun, pour officialiser l’appel « pour porter [une] alternative, symbole d’une mobilité efficace et soutenable », qu’ils ont corédigé.

SNCF Réseau mets en ligne des vues 3D de la LGV SUD OUEST. Quelques exemples marquants sont relevés par nos collectifs : sur la capture d’écran ci-dessous est figuré le viaduc de 400 mètres de long et 18 mètres de haut traversant la zone NATURA 2000 du Gat Mort (Saint Selve/Castres), petit frère du Ciron. Par miracle, les arbres centenaires pour certains, de chaque coté de la voie, ont repoussé très vite pour atteindre leur taille d’avant les coupes pour les pistes de chantier et la création des talus. Vraiment trop fort chez SCNF Réseau ! On comprends mieux pourquoi artificialisation est passé de 4800 hectares à moins de 800 🤥

Dans “La forêt française, un bien commun en danger“, Pierre Puchot, Le Monde Diplomatique, mai 2024

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Si la préservation des vieilles forêts (2 à 3 % de la couverture forestière en métropole) est inscrite officiellement dans la « Stratégie nationale biodiversité 2030 », rien n’est fait concrètement au niveau législatif pour assurer leur protection. Un exemple douloureux en est la hêtraie du Ciron, en Gironde. L’une des plus vieilles forêts d’Europe occidentale, elle constitue une chance unique pour comprendre de quelle manière ces espaces peuvent survivre au changement climatique. Ingénieur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), M. Alexis Ducousso la découvre par hasard en 1991. Comme les trois quarts des forêts françaises, celle-ci est alors entièrement privée. En tombant sur cette hêtraie, le chercheur « ravale tous [ses] cours d’écologie ». Une première étude génétique montre qu’elle est différente de toutes celles d’Europe. Une autre révèle que les hêtres du Ciron sont davantage différents les uns des autres que les hêtres des Balkans de ceux de Normandie. Autre « anomalie » : les hêtres du Ciron se croisent entre eux. Incapables d’expliquer la présence de ces spécimens dans un climat si chaud, les chercheurs s’intéressent alors à l’histoire du peuplement. « On a eu une surprise incroyable, raconte l’ingénieur. Pendant l’ère glaciaire, le hêtre était déjà présent ! » Dans la vallée du Ciron, le plus vieux charbon de bois date de 43 000 ans. Pourtant, à cette époque, la forêt a pratiquement disparu d’Europe. Le hêtre du Ciron est donc passé d’un climat glacial au climat actuel, en théorie beaucoup trop chaud pour lui.

 

Cette forêt a ainsi traversé les millénaires… avant de subir la loi des tronçonneuses. Si, en 1991, la hêtraie s’étendait sur trente-cinq kilomètres le long du fleuve, il n’en reste que quatre kilomètres et demi aujourd’hui. « Le cœur de la hêtraie n’a pas bougé, mais ce sont tous les individus et petites populations autour qui ont disparu, explique M. Ducousso. C’est une ressource génétique qui est perdue à jamais. » À quoi est due cette saignée ? « Il y a la tronçonneuse du particulier, les tempêtes et les conversions de peuplements de feuillus en pinèdes pour la sylviculture », poursuit le chercheur.

 

Zone Natura 2000 et espace naturel sensible — racheté petit à petit par le département —, la forêt du Ciron est aujourd’hui davantage connue du public et des scientifiques, comme l’indique M. Jérôme Ogée, chercheur à l’Inrae Nouvelle-Aquitaine Bordeaux, spécialiste des inter­actions entre la forêt et le changement climatique. L’une de ses études porte sur les microclimats, notamment dans la ripisylve du Ciron, le cœur de la forêt près du cours d’eau, particulièrement riche en biodiversité. « En périodes caniculaires d’été, on observe jusqu’à 4 °C de variation entre le sous-bois du plateau landais et le bord de rivière, à moins de 100 mètres de distance, explique M. Ogée. C’est énorme. En humidité, les variations sont de 15 %. » Des variations microclimatiques à très fine échelle qui pourraient s’avérer décisives pour l’avenir des forêts françaises. « On tente de trouver des solutions face au récit anxiogène du changement climatique, poursuit M. Ogée. Des zones comme les ripisylves sont des microrefuges pour les feuillus qui disparaissent. Il faut absolument miser dessus pour préserver le patrimoine génétique des espèces et éviter un maximum d’extinctions. »

 

Pour les chercheurs, l’importance du Ciron ne réside pas uniquement dans sa richesse génétique et ses microclimats. « Un sol comme celui du Ciron qui n’a pas été travaillé, labouré comme c’est le cas lors des coupes rases a pu accumuler une énorme quantité de carbone, ajoute M. Ogée. Ce type de sols des forêts anciennes, c’est ceux qu’il faut vraiment le moins toucher, pour éviter que tout ce carbone ne s’échappe. » Les chercheurs commencent en outre à se rendre compte des bienfaits des ripisylves comme pare-feu naturel. « Plus la ripisylve est large et en bonne santé, avec une zone tampon dense autour, plus le pare-feu est efficace, précise le chercheur. Il y a donc un enjeu important pour réguler les coupes rases et la sylviculture de production pour préserver ces ripisylves, et éviter grâce à elle la propagation du feu sur des grandes étendues. »

 

Stockage de carbone, microclimat, purifications de l’air et de l’eau, pare-feu… Malgré tous ces mérites, la forêt du Ciron demeure sans réelle protection. Et les coupes, rases ou non, perdurent à son abord, au nom de l’exploitation forestière. « C’est toujours difficile de savoir si une coupe est légale ou pas, explique M. Ducousso, parce que le public n’a pas accès au plan de gestion [qui encadre les coupes] obligatoire pour les propriétés de plus de vingt hectares. » Depuis un avis du 14 décembre 2023, la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) considère cependant que « toute personne qui en fait la demande » doit avoir accès à certains passages des plans de gestion en forêt privée. Le Centre régional de la propriété forestière (CRPF) donne, lui, les agréments et doit, en principe, contrôler ces plans. « En Aquitaine, ils n’ont plus le personnel pour faire des agréments de qualité, poursuit M. Ducousso. Quant à contrôler, c’est mission impossible. » Des difficultés de personnel qui rappellent celles de l’Office national des forêts (ONF), chargé d’une majeure partie des forêts publiques et qui a subi une véritable saignée : doté de 12 800 employés en 2000, il n’en compte plus que 8 000 aujourd’hui.

 

« Planter un milliard d’arbres d’ici à 2030, comme l’a annoncé Emmanuel Macron, cela n’a que peu d’intérêt si l’on n’est pas capable de préserver ces vieilles forêts, explique pourtant Mme Sorel, de la Massane. Les vieilles forêts sont la mémoire de nos forêts. Si on les perd et qu’on les remplace par des clones, avec des versions chétives d’arbres, on court à la catastrophe, avec des espaces qui vont subir les parasites et le changement climatique de plein fouet. Et ce quelle que soit l’action humaine. » Planter peut donc s’avérer contre-productif, d’autant plus quand les plantations d’arbres réalisées grâce au plan de relance post-Covid (150 millions d’euros consacrés aux forêts, avec pour objectif de planter cinquante millions d’arbres) ont en partie été précédées… de coupes rases ! Et pour planter en majorité du sapin Douglas, adapté aux besoins industriels mais pas au changement climatique, comme l’a révélé l’organisation non gouvernementale (ONG) Canopée – Forêts vivantes (cinq salariés, trois mille membres) (3). L’argent public contribuerait donc directement à la destruction du sol, à la libération de carbone, à l’appauvrissement des forêts et à leur fragilisation. Canopée cible en ­particulier la principale coopérative, Alliance forêts bois (AFB), dont elle décortique le « système » dans une enquête (4) après avoir identifié plusieurs coupes rases, notamment dans la Vienne (près de 20 hectares), ou à Saint-Léger-de-Balson en Gironde (2,5 hectares). Des coupes à blanc de forêts diversifiées qui se régénéraient naturellement. « Ces coupes rases sont une pratique minoritaire, explique M. Bruno Doucet, chargé de campagne à Canopée. Les coupes d’au moins 50 % du couvert concernent en moyenne 85 000 hectares par an, soit 0,5 % de la forêt de production. Mais elles sont en train de gagner en importance et de s’imposer dans les politiques publiques, notamment parce que la coopérative Alliance forêts bois a construit son modèle économique sur ce type de pratiques et a une grande capacité à influencer les politiques publiques à son avantage. C’est une politique qui est en train de s’imposer au plus haut niveau de l’État. »

 

« Le problème est structurel, estime de son côté M. Ogée, coordinateur d’une étude sur les effets désastreux des coupes rases (5). Dans la filière sylvicole aujourd’hui, les coopératives ont des propositions clés en main. Nombre de propriétaires forestiers ont très peu de forêts et sont contents qu’on leur fournisse à la fois un projet de gestion sylvicole et de production, mais aussi le labour, le travail du sol, la plantation. Et les coopératives ont tout cela. Il y a donc beaucoup de conflits d’intérêts. » De fait, le code forestier interdit aux gestionnaires indépendants de cumuler des activités de conseil aux propriétaires et d’effectuer des travaux ou de vendre le bois. Interdiction dont les coopératives sont exemptées.

 

Alliance forêts bois nie une partie des accusations de Canopée, pourtant documentées, et a publié un long communiqué en ce sens (6). Elle reconnaît en revanche, « à propos de celui de Saint-Léger-de-Balson, que les travaux forestiers n’ont pas été correctement réalisés, mais dans une moindre mesure (seul 1 hectare en zonage Natura 2000 était concerné) ». Face aux accusations de conflits d’intérêts, la coopérative répond avoir été « créée par et pour des propriétaires forestiers privés, qui en assurent la gouvernance. La coopérative est un gestionnaire forestier et non un exploitant, il y a là une grande différence. Nous regroupons des propriétaires, notamment de petites et moyennes surfaces, souvent isolées et morcelées et dont la gestion est souvent délaissée. Nous avons trois métiers (…) qui permettent à nos adhérents de bénéficier d’une gestion globale de leur forêt et d’un accompagnement personnalisé complet. C’est une chance pour les propriétaires ». Un point de vue partagé par le cabinet du ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, selon qui les coopératives représentent « l’équivalent de l’ONF pour la forêt privée : ces deux opérateurs sont rémunérés par les propriétaires sur la base des travaux et ventes de bois réalisés sans qu’ils aient besoin d’acheter et revendre les bois, comme le ferait un exploitant forestier qui se rémunère par la marge réalisée au cours de cette transaction ». Sollicité, le cabinet dément par ailleurs que « les fonds alloués à AFB » aient financé des coupes rases, et estime que « les subventions accordées à des propriétaires forestiers via AFB ont permis le renouvellement d’hectares de forêt soit sinistrée, soit vulnérable, soit identifiée comme économiquement pauvre ».

 

Face aux pratiques de coupe d’un autre temps que n’empêchent pas de fait les normes actuellement en vigueur, comment préserver les forêts et les sols ? Un vaste travail d’identification des forêts remarquables demeure à effectuer, avant de pouvoir sauver ce qui peut encore l’être. Les méthodes soutenues, notamment par l’association Pro Sylva, permettent également une régénération naturelle, par le biais d’éclaircissements, sans trop abîmer le sol (7). « On en parle peu, mais il y a de plus en plus d’échecs de plantations, explique M. Ogée, de l’Inrae de Bordeaux, parce que l’on plante des essences qui ne sont pas appropriées, que les microclimats sont extrêmes. Ce qu’il nous faut, aujourd’hui, c’est surtout une loi et des normes plus contraignantes, qui nous permettent de protéger les ripisylves et les vieilles forêts, et de promouvoir une sylviculture avec une diversité d’essences. »

 

 

 

Les brèves encore plus brèves :

  • Le PDG de SNCF limogé, à qui le tour ? Article
  • Le Premier ministre Gabriel Attal se rendra le 14 mai sur le chantier de la LGV Lyon-Turin, dans la vallée de la Maurienne, en Savoie pour réaffirmer le caractère « stratégique » de ce projet. Article

     

Pour finir, partage des articles du CADE, fédération de plus de 60 associations du Pays-Basque, qui publie cette semaine quatre articles au sujet du GPSO :

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